Les écrans ne sont une chance que si nous les dominons!

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En Californie, de nombreuses écoles « sans écran » ont été  créées selon une pédagogie traditionnelle (papier, crayon, tableau noir et craie) : Les cadres et ingénieurs des entreprises de la Silicon Valley sont les premiers à  inscrire leurs enfants dans ces écoles où  l’on garde à  distance toute technologie. Steve Jobs était réputé  pour être un père « low-tech » qui éloignait ses enfants du numérique. Les fondateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page ont grandi dans des écoles Montessori sans digital, tout comme les créateurs d’Amazon, Jeff Bezos, ou de Wikipedia Jimmy Wales.

Beaucoup de parents comprennent intuitivement que l’omniprésence de ces écrans luisants est nocive pour leurs enfants. Nous constatons les colères lorsque les écrans leur sont retirés, et que leur capacité d’attention augmente lorsqu’ils ne sont plus hyper sollicités par ces tablettes. Pire, nous voyons autour de nous des enfants qui deviennent apathiques, perdant tout centre d’intérêt et s’ennuyant profondément lorsqu’ils ne sont pas connectés.

Les écrans ne sont une chance que si nous les dominons. S’il y a excès dans leur usage, les médecins constatent un changement sur le plan neurologique. Le cerveau des enfants/des jeunes qui est en plein développement se développera autrement sur le plan neurologique que celui des enfants en contact avec le réel concret de la vie.

Les enfants risquent de réagir dans la vie réelle en fonction de ce qu’ils ont vu/expérimenté sur les écrans. Ils développent d’autres réflexes et ne choisissent plus leur comportement dans la vraie vie. L’appropriation abusive des écrans bloque non seulement le développement de l’imagination mais entraîne une plus grande difficulté à réfléchir. Elle risque de prendre le pas sur une démarche normale de réflexion, de déduction. Les écrans imposent en effet des images visuelles qui ne permettent pas à l’enfant de se construire ses propres images mentales.

La baisse des facultés d’attention et de concentration provoque un manque de participation, moins de persévérance dans l’effort d’apprendre, moins d’autonomie et même une certaine passivité dans les apprentissages, sans oublier un déficit d’attention évident.  L’impact des écrans joue aussi défavorablement à la baisse pour les apprentissages de la lecture et sur le désir de lire. Le temps passé sur les écrans réduit donc leur envie de lire et leur capacité à se concentrer lors de la lecture. On parle bien d’intelligence artificielle. Celle-ci s’oppose à l’intelligence humaine capable de réfléchir et de choisir.

Apprenons à nos enfants à se servir de leur intelligence : réfléchir, analyser, déduire, raisonner ce  qui permet de faire des choix en fonction de ce qui est bon, beau, vrai. Les cerveaux des enfants qui usent et abusent des jeux vidéos sont beaucoup moins libres de leurs réactions. C’est donc tout l’apprentissage de la liberté intérieure qui est en jeu.

Les images sont en effet décodées par la partie affective et émotive du cerveau, au détriment de la partie du cerveau qui sert à réfléchir et à choisir.

Il est très utile qu’un enfant ait des moments d’ennui. Comme il n’aime pas s’ennuyer, ce sera à lui de trouver une occupation et il stimulera alors son imagination créatrice. Les écrans empiètent également sur le nécessaire temps à dédier aux jeux corporels, imaginatifs, créatifs : le mime, le « faire-semblant », le modelage, tout le travail des dix doigts.

Pour l’enfant de moins de six ans, le gribouillis au crayon noir ou au crayon de couleur sur papier, c’est la « substance de son être », donc la richesse de sa personnalité, de sa vitalité, de toutes ses émotions, de sa vie intérieure qu’il peut exprimer. Le temps du dessin, temps de langage profond, est important. Il est bon qu’il suscite l’expression orale. Cerveau droit et cerveau gauche sont ainsi sollicités. Pas simplement le cerveau droit devant les écrans. L’enfant a également besoin de découvrir l’environnement à  l’aide des cinq sens : en particulier l’odorat, le gout et le toucher dont parle le Dr Vittoz dans son livre.

Comment faire pour ne pas se laisser entraîner dans l’addiction aux écrans ? Pour commencer, il s’agit de ne pas laisser les quatre, six, huit ans devenir dépendants des écrans, pas plus que les grands !.

Cela signifie, pour les petits : les faire jouer aux Legos (les vrais !) au lieu de Minecraft, leur mettre entre les mains des livres et non des Ipads, les mettre au contact de la nature et leur faire faire du sport au lieu de  les laisser devant la télévision. Si vous êtes sollicités, demandez aux écoles de ne pas fournir d’Ipad ou de Chrome book au moins avant leurs dix ans (d’autres vous recommanderont douze ans).

Ayez une discussion franche avec votre enfant sur les raisons pour lesquelles vous limitez son accès aux écrans. Prenez le temps de dîner avec vos enfants sans aucun outil technologique sur la table (tout comme Steve Jobs prenait ses dîners « tech-free » avec ses propres enfants). Ne sombrez pas dans le Syndrome du Parent Distrait car les théories d’Apprentissage Social confirment que l’enfant apprend par imitation de ses parents.

Entre sept et neuf ans, “Nous devons nous tenir à leurs côtés, parler avec eux de l’usage qu’ils font d’internet, les aider à éviter les pièges en dialoguant avec eux, en les faisant réfléchir sur les intérêts cachés derrière et à l’intérieur de l’écran. Leur faire comprendre que tout ce qui est mis en ligne laisse une trace, et qu’ils doivent protéger leur espace intime et personnel. Choisir pour eux et avec eux des émissions ou des jeux de qualité. Accompagner l’enfant signifie aussi le soutenir dans son travail d’interprétation du monde sur écrans.”

Expliquez-leur que certains enfants aiment tant jouer avec ces outils qu’ils ne peuvent plus contrôler la durée qu’ils y passent ni interrompre facilement leurs jeux. Dites-leur que s’ils se laissaient attraper par Minecraft et autres jeux comme certains de leurs amis, certains pans entiers de leur vie en souffriront. Ils ne prendraient plus le même plaisir à  jouer au foot, liraient moins de livres, perdraient leur intérêt pour les sciences ou leurs projets dans la nature, couperaient progressivement le lien avec leurs amis du monde réel. Etonnamment, il n’est pas si difficile de les convaincre car ils sont souvent  les premiers à constater les changements chez certains de leurs petits camarades sous l’effet d’un temps d’exposition trop grand aux écrans.

Les psychologues développementaux comprennent la nécessité  des interactions sociales, du jeu d’imagination et créatif, et d’interactions dans la vie réelle, dans un univers naturel pour une croissance saine et harmonieuse des enfants. Malheureusement l’immersion précoce dans le monde des écrans anéantit ce processus naturel de développement.

Nous savons aussi que les enfants sont plus sensibles à ces fuites dans l’addiction s’ils se sentent seuls, exclus ou s’ennuient sans but ni projets ; donc la solution est d’impliquer les enfants dans des expériences significatives du monde réel, de leurs proposer d’entrer en relation avec des amis qui seront en chair et en os ! Les enfants engagés dans des activités créatives et très attachés à  leur famille sont moins susceptibles de fuir dans le monde virtuel. Pourtant, même un enfant qui reçoit tout l’amour et le soutien dont il a besoin peut tomber dans la « Matrice », une fois qu’il a expérimenté  l’effet hypnotique des écrans et leur effet addictif. Car près de 10% des personnes sont prédisposées à  avoir des conduites addictives.

A vous de jouer maintenant !

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